mercredi 2 avril 2025
mercredi 22 janvier 2025
Tribune « Les anti-renouvelables s’enferment dans une vision rétrograde et coûteuse »
Alors que certains prônent l’idée de « faire une pause » dans le développement du solaire et de l’éolien, l’association Energies renouvelables pour tous entend rappeler que ces énergies constituent une solution viable au moment où les limites du nucléaire sont mises en lumière par la Cour des Comptes.
Plusieurs tribunes, portées notamment par des parlementaires ou d’anciens caciques du nucléaire (comme Henri Proglio), ont été publiées récemment dans des médias nationaux, accusant les énergies renouvelables de tous les maux et appelant à un moratoire sur leur développement. Au-delà des nombreuses erreurs relevées dans les analyses, dont une fréquente – et inquiétante – confusion entre électricité et énergie (l’électricité ne représente que 25 % de la consommation d’énergie primaire en France), cette posture soulève de graves problèmes de fond et ignore les réalités énergétiques et climatiques contemporaines.
Une diversification urgente vers les énergies renouvelables
Les énergies renouvelables, solaires et éoliennes, ne sont pas seulement une réponse climatique, elles constituent également un atout stratégique. En 2022, les énergies renouvelables ont ainsi joué un rôle crucial en contribuant au financement du bouclier tarifaire, à la suite de la hausse des prix liée tout autant à la défaillance du parc nucléaire qu’à l’envolée des prix du gaz en raison de la guerre en Ukraine.
Cette contribution démontre leur capacité à renforcer l’indépendance énergétique de la France tout en étant compétitives sur le plan économique. Le coût des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, ainsi que des solutions de stockage d’électricité, continue de baisser, les plaçant parmi les options les plus abordables pour produire une électricité décarbonée et flexible. Contrairement au nucléaire, ces énergies ne nécessitent pas une alimentation continue en combustible, alors que la dépendance aux cycles du combustible nucléaire, tant en amont qu’en aval, expose fortement la filière à des acteurs comme la Russie.
Le nucléaire : une filière à risques et à coûts exponentiels
Un rapport de la Cour des Comptes intitulé « La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants » et publié mardi 14 janvier est explicite : la filière nucléaire souffre de dérives budgétaires et techniques majeures. L’EPR de Flamanville en est l’illustration parfaite, avec un coût passé de 3,2 milliards d’euros (2006) à 23,7 milliards d’euros (2023), somme qui inclut le coût des retards du chantier, qui devait durer cinq ans et en a finalement pris dix-sept.
D’après la Cour des Comptes, ce réacteur aurait une rentabilité médiocre de 2 % pour un prix de l’électricité de 90 euros/MWh.
Ces dérives de coûts sont largement supportées par les deniers publics, comme en Finlande où les dépassements budgétaires liés à la construction de l’EPR d’Hinkley Point en Angleterre ont été couverts par la France. Un nouveau programme de 6 EPR2, estimé à 80 milliards d’euros (2023), soulève également des interrogations sur son mode de financement. La proposition d’un prêt à taux zéro, assuré par l’Etat, reviendrait à une subvention implicite de dizaines de milliards d’euros, un choix difficilement justifiable dans un contexte de hausse des taux et de contrainte budgétaire.
Les énergies renouvelables : une opportunité économique et écologique
Les signataires des tribunes anti-renouvelables s’enferment dans une vision rétrograde et coûteuse. Investir dans les énergies renouvelables permet d’éviter les écueils financiers du nucléaire tout en répondant aux besoins énergétiques de manière efficace et rapide. Ces technologies créent des emplois locaux, réduisent les émissions de gaz à effet de serre et renforcent la souveraineté énergétique de la France.
La stratégie nationale bas-carbone vise une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 en comparaison avec 1990, un objectif atteignable grâce à une mobilisation accrue autour des renouvelables et des technologies associées (éoliennes terrestres et maritimes, panneaux photovoltaïques, batteries, onduleurs, électrification accrue des bâtiments, des transports et de l’industrie) dont il faut soutenir l’implantation de filières industrielles nationales.
Signataires
Energies renouvelables pour tous est une association de scientifiques et d’experts qui œuvre pour développer les énergies renouvelables en France et de faire connaître leurs atouts, y compris sur le plan du pouvoir d’achat.
Corinne Lepage, avocate, ancienne ministre de l’Environnement
Cédric Philibert, expert énergie climat
Philippe Malbranche, expert, ex-directeur de l’International Solar Alliance
Francis PetitJean, co-fondateur de la Fondation Desertec
Ghislain Dubois, trésorier de l’association Energie Renouvelable pour tous
Stéphane His, président de l’association Energie Renouvelable pour tous
André Joffre, président de Tecsol
Xavier Daval, PDG de Kilowattsol
Tristan Saramon, associé de l’agence decarb.one
Marie Bayard-Lenoir, associée de l’agence decarb.one
Julien Pezzetta, président, associé fondateur chez Eolise
Gérald Seiler, PDG de ChargeAngels
jeudi 16 janvier 2025
Le V.E. je le veux: Pour accélérer la transition vers la mobilité électrique...
dimanche 5 janvier 2025
L’enjeu du stockage de l’énergie (Connaissance des Energies)
Extrait de la tribune de
Jean-Charles de Hemptinne
Professeur en thermodynamique,
IFP Énergies nouvelles
"Dans le contexte de la transition énergétique, l’intermittence liée aux énergies renouvelables est une contrainte. C’est le grand inconvénient du vecteur électricité : aussitôt produit, il faudra le consommer… ou le stocker. Ceci peut se faire par bien des moyens. Par exemple de manière mécanique (station de pompage pour l’énergie hydraulique ou volants d’inertie), thermique (réservoirs à haute température) ou encore chimique. Le cas d’usage le plus connu est celui des batteries, même si on parle aujourd’hui aussi beaucoup de l’hydrogène.
Ces réservoirs de matière riche en énergie pourront ensuite être exploités pour récupérer de l’exergie en utilisant un procédé inverse. Or, comme on l’a vu, il y a des pertes : à chaque étape, la quantité d’exergie diminue.
Pour réussir la transition énergétique, il est donc non seulement nécessaire de travailler sur l’efficacité (le rendement) de ces transformations (diminuer les pertes), mais également d’en limiter le nombre total.
Alors que nos ancêtres utilisaient la force du vent pour faire tourner leurs moulins, nous transformons désormais l’énergie éolienne en électricité dans des turbines (rendement de 65 %) pour ensuite produire de l’hydrogène (rendement de 70 %) qui sera ensuite introduit dans un moteur à combustion interne (rendement de 45 %) pour fournir de l’énergie mécanique. Le rendement total est le produit de tous les rendements de la chaîne de transformation : soit, dans notre exemple, d’environ 20 %…
De ces quelques réflexions, on pourra conclure que l’hydrogène, sauf à en trouver des sources naturelles, sera toujours cher à produire. De même, chercher à valoriser le CO2 (pour le stocker par exemple) consommera toujours beaucoup d’énergie... "
mercredi 1 janvier 2025
mardi 19 novembre 2024
Comment le solaire photovoltaïque peut protéger les sols, la biodiversité, et l’agriculture paysanne. ( Yves Heuillard )
Photo. Source Agrisolar Clearing House. License Creative Commons |
Dans une tribune publiée dans le quotidien Libération, un collectif de scientifiques et d’artistes se sont érigés contre le déploiement de centrales photovoltaïques en milieux naturels (1). Par milieux naturels, ils entendent des zones humides, ou des forêts, et on ne peut que leur donner raison. Mais ils entendent aussi les prairies, et par extension, les terres agricoles. Et de mon point de vue, on fait fausse route.
De quoi parle-t-on ? De 150 000 hectares qui pourraient accueillir des panneaux solaires. Mais, autant que je le sache, les auteurs de la tribune ne s’indignent pas de l’utilisation de 2,5 millions d’hectares agricoles, dont 800 000 hectares des meilleures terres de notre territoire, pour produire des biocarburants qui servent à remplir les réservoirs de nos automobiles (2). Je ne vois pas non plus d’opposition aussi farouche à l’artificialisation de 340 000 hectares depuis 2009 (3) pour construire des maisons individuelles, des immeubles, des infrastructures routières, des centres commerciaux, alors qu’il serait possible de densifier l’existant ou simplement de ne pas le laisser tomber en ruine. Mais revenons à nos moutons.
J’ai calculé qu’avec 100 000 hectares de solaire photovoltaïque (ordre de grandeur), il est possible de produire une quantité d’électricité capable d’alimenter toutes nos voitures si toutes étaient électriques (4). Et donc ces 100 000 hectares de panneaux solaires économiseraient en réalité 700 000 hectares dans l’hexagone, et un 1,7 millions d’hectares ailleurs, consacrés à nos biocarburants.
Vous me suivez ? 100 000 hectares de panneaux solaires, toutes nos automobiles deviennent électriques, plus besoin de biocarburants, et on économise 2,4 millions d’hectares de bonnes terres agricoles consacrées à la production de biocarburants. Vive les panneaux solaires !
Et les défenseurs de la biodiversité pourraient militer pour que ces 2,4 millions d’hectares dont nous n’aurions plus besoin soient laissés en friche. C’est la superficie de trois départements regagnés pour la biodiversité en mobilisant de l’ordre de 100 000 hectares de panneaux solaires.
J’ajoute ici que, contrairement au colza, au maïs, au blé ou à la betterave cultivés pour faire des biocarburants, il n’est nul besoin de bonnes terres pour les panneaux solaires, nul besoin d’eau, de tracteurs, de camions, de gazole, d’installations industrielles, et surtout d’engrais et de pesticides à hautes doses dont on connaît les bienfaits sur la biodiversité…
Allons plus loin. Nombres de petits exploitants agricoles dans des zones difficiles, ne peuvent plus vivre de leur terre. Les anciens restent sur leurs exploitation et continuent à entretenir les paysages, les chemins, les haies ; ils contribuent souvent à l’alimentation locale, à la survie de nombre de villages et de hameaux, et sont précisément des auxiliaires précieux de la protection de la biodiversité. Mais alors que 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite, rares sont leurs enfants qui veulent reprendre, ils ne veulent pas être des agriculteurs pauvres (5).
Les éleveurs du sud de la Loire, les paysans des grands causses et des montagnes, nombre de viticulteurs et d’arboriculteurs savent de quoi je parle.
Une part de production solaire dans les petites fermes changerait l‘équation économique de l’exploitant (6), maintiendrait des agriculteurs dans les campagnes, favoriserait les installations, conforteraient le rôle des paysans, perpétuerait des cultures de faible rentabilité mais utiles à la biodiversité : des variétés anciennes de blés, de haricots, de pommes par exemple ; et avec eux encore la conservation de pratiques agricoles capables de nous aider à nous adapter au changement climatique. Et avec eux, j’enfonce des portes ouvertes, c’est aussi le maintien d’une boulangerie locale, du marché hebdomadaire, de la ruralité, de la vie tout simplement, et c’est la promesse de développements. Les maires ruraux savent de quoi je parle.
Prenons un exemple simple. Si on utilisait 100 000 des 790 000 hectares de vignes pour y poser des panneaux photovoltaïques ? La biodiversité en souffrirait-elle ? Loin de là, elle retrouverait enfin des espaces naturels, sous les panneaux solaires. Et ceci permettrait à nombre de viticulteurs de survivre aux aléas climatiques qui rendent les exploitations de plus en plus compliquées. Et peut être pourraient-ils, dans un contexte de baisse de la demande et de marché en berne, amorcer une transition coûteuse vers d’autres cultures plus propices à la biodiversité que 4000 pieds de vignes à l’hectare arrosés, dans le meilleur des cas, de bouillie bordelaise... Ajoutons qu’en France l‘alcool est directement à l’origine de 50 000 morts par an et qu’on pourrait mettre en cause l’utilité publique de produire du pinard, ce que je ne ferai pas, bien au contraire. Ce que je soutiens ici, de façon très réductrice aux fins de me faire comprendre, c’est qu’électricité solaire au sol et petits vignerons font bon ménage. Je ne parle pas ici d’installer à grands frais des panneaux solaires au dessus des cultures, mais de sols soustraits à la vigne, rendu à la nature sous les panneaux solaires, pour améliorer l’économie de l’exploitation, réduire les rendements, augmenter la qualité, passer en biodynamie par exemple. Je vois là tout l’inverse d’une atteinte à la biodiversité.
Autre exemple, les producteurs de lait. À quoi bon protéger les prairies, pour voir les éleveurs assiéger la préfecture du coin parce que le prix du lait leur permet juste de crever.
Notez que les prairies équipées de panneaux solaires ne seraient pas perdues pour autant car les panneaux solaires sont démontables. Et d’ailleurs ces prairies ne seraient pas artificialisées, c’est tout l’inverse. La nappe phréatique s’en porterait mieux ; de même que les rivières, et jusqu’à la faune marine, empoisonnées par le lisier des vaches ; la terre en friche pendant 30 ans retrouverait sa richesse biologique ; les marcheurs risqueraient moins de mourir asphyxiés sur les plages ; le paysan pourrait envisager une diversification qui serait impossible sans le filet de sécurité apporté par l’activité électrique ; et le préfet du coin pourrait sortir tranquillement de la préfecture sans risquer un jet de purin. Ma réflexion vaut d’ailleurs aussi pour l’éolien.
En s’opposant à « l’énergie-culture » par les paysans, on défend la désertification des campagnes, l’accaparement par des investisseurs industriels de centaines de milliers d’hectares bientôt délaissés par des agriculteurs âgés sans repreneur (7).
Ces investisseurs y installeront des fermes usines, planteront et exploiteront à grande échelle des monocultures de nouvelles essences d’arbres, parfois exotiques, peut-être modifiées génétiquement, supposées adaptées au dérèglement climatique, candidates aux subventions, mais surtout adaptées à l’industrie pour produire la viscose de nos vêtements jetables, les bioplastiques de nos emballages, les cosmétiques et les carburants de demain. Et ce, coupe rase après coupe rase jusqu’à l’épuisement des sols. Et ces sols usés, bientôt qualifiés de délaissés, bénéficieront d’autres aides de l’État pour y construire... des fermes solaires, cette fois géantes, propriétés de trusts dont les sièges seront à l’autre du monde.
Les signataires de la tribune publiée par Libération ne l’ont peut-être pas vu comme ça. Leur intention est louable mais nous sommes au point où, au prétexte de protéger des espaces naturels, on réserve l’installation de panneaux solaires aux terres polluées, aux friches industrielles ou aux décharges - ce qui aboutit à récompenser les pollueurs d’hier. Ma suggestion est toute à l’opposé : avec quelques règles simples, le solaire photovoltaïque, prodige de la production électrique, offrirait l’opportunité d’une agriculture plus responsable et plus humaine, plus paysanne et donc bien utile à la biodiversité.
Et en étendant cette suggestion de synergie économique et environnementale à toutes les activités, nous tenons une proposition sociale nouvelle, celle de la démocratie économique, capable de redonner confiance dans les institutions.
par Yves Heuillard Journaliste spécialiste des problématiques environnementales /18 novembre 2024.
Références :
1) « Pour un arrêt du déploiement de centrales photovoltaïques en milieux naturels » Libération du 5 novembre 2024.
2) « Gâchis de 9,6 millions d’hectares de terres» : les biocarburants, un frein à la lutte contre le dérèglement climatique. Libération du 9 mars 2023.
3) Voir « Artificialisation des sols », Ministères Territoires Écologie Logement.
4) Voir mon post « Combien d’hectares agricoles couverts de panneaux solaires pour alimenter toutes nos voitures si toutes étaient électriques ? ». J’avais pris les chiffres de 40 millions de voitures, 12 500 km/an, 20 kWh aux cent km et de 1 GWh/ ha.an sur la base de « Land Requirements for Utility-Scale PV: An Empirical Update on Power and Energy Density. IEEE Journal of Photovoltaïcs. »
5) Voir « Le vrai du faux. 50% des agriculteurs français vont-ils partir à la retraite d'ici moins de dix ans ? » Source France Info.
6) Selon Olivier Thomas, Maire de Marcoussis interviewé par France Culture, la ferme solaire de 23 hectares installée sur une friche municipale rapporte à la commune un loyer de 7000 euros par hectare et par an.
7) Voir la « La terre aux paysans, l’agro-industrie hors champ » publié par les Amis de la Terre. Voir aussi « Des fermes géantes vont se multiplier dans nos campagnes » publié par Capital. Et par Ouest-France « Accaparements de terres agricoles : « Un risque pour la nature et le travail rural » »